« Pourquoi les paysans vont sauver le monde »

Ce nouvel ouvrage est bienvenu car au-delà du constat des faits, des illusions et des mensonges médiatiques dénoncés en douze chapitres, il ouvre des perspectives et affirme : pas de planète sans paysans.

Sylvie Brunel est probablement la meilleure spécialiste du monde agricole français et son expérience de responsable de l’ONG Action contre la faim lui permet d’étendre ses compétences à l’ensemble de la planète.

Sa thèse et son message sont clairs. Face à une idéologie approximative prônant la décroissance et à terme la pénurie au nom de la préservation de la planète, il faut réinventer une agriculture peu polluante mais suffisamment productive pour faire face à l’inévitable pression démographique.

L’histoire des deux derniers siècles a démontré que cela était possible grâce au recours à la chimie et à la mécanisation. La solution consiste donc à limiter les intrants polluant en utilisant la remarquable capacité d’adaptation dont les agriculteurs ont fait preuve depuis environ dix millénaires et car « le paysan est celui par qui tout commence ». Encore faut-il que les institutions n’entravent  pas leur liberté d’agir.

Quelques formules mériteraient d’être inscrites sur tous les sites internet du syndicalisme, des ONG, des écoles d’agriculture, des salles de rédaction des medias et bien entendu des puissantes administrations publiques nationales et supra nationales :

« Le changement climatique ouvre de nouvelles terres aux hautes latitudes qui reverdissent rapidement. »

« La Nature n’est jamais aussi belle que  lorsqu’elle est soignée et entretenue par l’homme. »

« Entre 1950 et 2010, la production agricole mondiale a été multipliée par 3,5 mais les terres cultivées n’ont augmenté que de 13%. »

« Non seulement le bio est traité mais il est très traité : les produits utilisés sont moins efficaces et il faut en appliquer plus souvent. »

« L’agriculteur bio a une obligation de moyens… pas de résultats. »

« Le faux bio tue plus aujourd’hui dans le monde que le conventionnel. »

« L’interdiction du DDT a permis de conserver le moustique mais au prix de 50 millions de morts. »

« Le marché du carbone est une véritable usine à gaz mondiale qui a même ses mafieux. »

« L’élevage évite de considérer la nature comme un vaste stock de ressources dans lequel puiser sans s’interroger sur la pérennité et leur renouvellement… Or ce que veulent les abolitionnistes qui ont l’oreille des médias et la faveur d’acteurs prêts à enfourcher le grand cheval de bataille de  l’indignation autopromotionnelle, c’est la disparition de l’élevage… Qui aura le courage de mettre fin aux modes d’abattage rituels qui entraînent d’incommensurables souffrances animales ? »

Cet ouvrage nous rappelle que l’agriculture est un métier très complexe et que la prise compte des externalités environnementale implique un recours accru  à la science et à la technologie.  Les louables initiatives militantes telles que l’agroécologie , le mouvement des AMAP, les circuits courts [1], la permaculture, etc., ne sont pas au niveau des  productions de masse indispensables pour nourrir quelque douze milliards d’humains à l’horizon 2050.

Cette passionnante réflexion mérite d’être poursuivie aux regards de l’évolution des institutions, notamment en ce qui concerne la maîtrise foncière et le rôle central des droits de propriété, en prenant en compte les recherches de Garrett Hardin, Elinor Ostrom, Hernando de Soto… aux frontières du droit, de l’économie, de la science politique et de la sociologie.

Afin que les « paysans sauvent le monde », comme le souhaite Sylvie Brunel.


Sylvie Brunel, Pourquoi les paysans vont sauver le monde, Buchet Chastel, 2020.


1. « Finalement, on le voit, les circuits courts sont davantage un mirage de plus diffusé par des politiciens avides de discours faciles et de concepts simples à exposer, qu’une nouvelle façon de consommer. » Pierre Allemand, « Circuits courts, idées courtes ? », Contrepoints, 2020.